Si je regarde devant moi, c'est la mer que je vois. Les vagues se roulant dessus et délaissant sur le sable une traînée d'écume. C'est ce crépitement régulier que j'entend. Accompagnés de tous ces cris de mômes insuportables. De leurs jeux débiles, leurs mots qu'ils croient mâtures, ainsi que leurs pleurs incessants et frustrants. Bref, je m'évanouie dans mes écrits dans mes pensées, admirant à la fois la mer agitée dans l'ombre de la nuit et la flamme de ma bougie qui danse au gré du vent. Je profite de cet instant magique, où lorsque je tire sur ma cigarette, mon esprit s'envole avec cette fumée blanchâtre que je recrache. Je ne sais par où commencer – ça a toujours été mon plus gros défaut – mais je sais que ces derniers jours je me suis négligée ; cheveux en arrière, lissés ou pas, qu'importe ? La journée en maillot, le soir en jogging et long T-Shirt. Je n'ai même plus l'envie de me maquiller et sourire me demande un effort. On me fait une réflexion, un soupçon de critique, je pars m'isoler sur le sable et éclate en sanglots. Je ne supporte plus personnes – vieux grincheux, adultes avec leur morale à la con, adolescents péteux, enfants et bébés qu'il faudrait assommer pour respirer le silence -, ma famille, mes potes, les chiens qui aboient, les chats qui miaulent et crient famines, la routine, l'odeur de la fin de l'été et le touché de la bientôt-rentrée, les briquets qui s'allument pas, les stylos qui galèrent, les putains de moustiques, le temps caniculaire, même Secret Story, les gars cons qui « t'abordent » parce que salut t'es en maillot avec ta meilleure amie à fumer des clopes et écouter La fouine avec des enceintes un peu fortes, la drague à deux balles, les fake, les gens qui se sentent plus pisser parce que salut c'est des rebelles, trois poils sur le zgueg, une bouteille de Vodka, trois joints et ça en peut plus, l'immaturité de la populace, ma façon hautaine de voir le monde alors que je ne vaux pas mieux, le manque d'assurance de certaines personnes, le trop plein de confiance des autres, l'indifférence, le mépris, le bonheur d'autrui; et moi-même. C'est toutes ces petites choses de la vie que je déteste, pour ne pas dire la vie tout court. Ces derniers jours c'est simple, j'ai perdu le bonheur et la joie de vivre que j'avais enfin acquéri, j'ai perdu trois merveilleuses personnes qui m'avaient rendu le goût à la vie, j'ai perdu la confiance en moi et l'envie d'avancer; j'ai tout perdu, quand je les ai quittés...
J'aurais aimé avoir du marbre à la place du c½ur. Ca m'aurait beaucoup aidé dans la vie. Hélas j'ai hérité d'un c½ur gros comme un château et j'ai eu droit à un débordement de sentiments, à un flot d'amour, à une masse de regrets, de culpabilité, de repentirs, de remords; je ne sais pas vraiment y faire avec la vie, je ne sais plus comment m'y prendre. Lorsque j'aperçois le bonheur - rarement - je lui tourne le dos, je le fuis. J'en ai peur. Peur des conséquences, peur de ce qu'il se passera après...
J'en suis la preuve vivante aujourd'hui. Je ne suis qu'une loque dépressive, se trainant d'un mètre à l'autre, pleurant à la moindre critique, la moindre réflexion, la moindre contrariété. Plus rien ne m'intéresse, plus rien ne me fait envie; de sortir, de voir des gens, de me maquiller, je n'ai plus le goût de rien. M'amuser, je ne sais plus faire. A présent, la solitude est ma seule compagnie et la seule que je désire vraiment. Les larmes sont mes amies; et à présent la maladie a remplacé ma dépression. Ou peut-être que ma dépression s'est amplifiée en maladie... C'est eux que je veux. Ne me parlez plus d'Angleterre, de bonnes vacances, ne me parlez même plus. Gaétan, Laurene, Axel. Ceux qui ont su remplir mon c½ur de joie, qui ont su s'y prendre avec mon caractère de merde, qui ont su simplement en quelques jours, en quelques mots, en quelques tendresses, me rendre tout bêtement heureuse. Et j'y ai trop vite prit goût, c'était trop facile; être heureux...
Voilà j'me suis laissée aller, et je me retrouve maintenant éprise de leur absence, je ressasse toute la journée nos merveilleux souvenirs, tout recommence : je m'attache trop vite aux gens et on me l'a souvent reproché, je suis bien trop vulnérable. J'aurais tout donné pour être une battante et me relever chaque fois plus forte ; moi je ne me relève même plus. Ceux qui me connaissent bien comprendront, les autres me prendront sans doutes pour une folle, mais je m'en fous, je prend le risque. Je me fous de tout, plus rien ne m'importe quand ils ne sont plus là...
Deux semaines. Deux semaines durant lesquelles j'ai appuyé sur le bouton 'Pause' de ma vie, durant lesquelles ce n'est pas de l'oxygène que j'ai respiré, c'est du bonheur, durant lesquelles pas une larme ne s'est versée le long de ma joue; aujourd'hui la routine est revenue. Play. La France ? Ca pue la nostalgie.
Je nous revoie tous les quatre dans les bras les uns des autres, je nous revoie allongés dans l'herbe les uns sur les autres, nos doigts s'enlaçant, sur les chaises des magasins assis en pile, le soir dehors se courant après des verres remplis d'eau dans chaque main, je revoie nos éclats de rire, nos câlins échangés, nos multitudes de bisous, je nous revoie dans le bus, dans le bateau, dans la rue, dans le campus; nous revoir, je ne fais que ça...
J'ai en boucle dans ma tête vos expressions, orales ou physiques, les chansons qu'on écoutait ensemble, j'ai encore le goût dans ma bouche de nos cigarettes, j'ai encore le souvenir de notre bonheur dans ma tête, mais je n'ai que des regrets dans mon c½ur, et vos trois prénoms collés sur mes lèvres. Imprimés sur ma peau. Effacés de ma vue. Etant la cause de mes maux; de mon désespoir et de sa vertu. Vos trois prénoms. Laurene, Axel, Gaétan.
Je leur avais dis que je ne pleurerais pas lors des adieux car j'ai trop de pudeur, seuls mes proches m'ont vus pleurer. Et puis à quoi bon pleurer ? A quoi bon être triste quand mon bonheur est devant mes yeux ? Aujourd'hui non, ils ne sont plus là, plus là physiquement. Ils n'existent que dans mes songes. « sois forte Jouce » est la phrase que j'aurais le plus entendue dans ma vie, être forte je n'y arrive pas, malgré tout ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai vaincu; Jouce est faible! Et plutôt fière. Je me laisse aller, oui ; je dépérie à petit feu, mais un jour je me relèverais hautaine, vous étoufferais de mon mépris et irait décrocher le bonheur. Car oui j'ai bien l'intention de retourner auprès d'eux et c'est d'ailleurs le dernier espoir qu'il me reste et qui m'aide à avancer...
J'irai de l'avant, mes textos se feront peut-être plus rares, mais mes pensées pour vous resteront toujours aussi intenses et fidèles. Je n'ai jamais eu l'intention de vous oublier, mais plutôt de vous retrouver. Je ne prend pas ça pour un échec, mais plutôt pour une réussite, car même si je n'ai pas les yeux secs et que je prend la fuite ; je garde espoir, je crois en vous, j'ai confiance en notre histoire, oui j'ai confiance en Nous ...